samedi, mai 13, 2006

# Sac de filles # 4


Elle fait un signe de main au bus qui ralentit et qu’elle surveillait de loin. Elle avait déjà jeté un œil sur moi, je sentais que, mais j’avais les yeux trop embrouillés par le réveil aux aurores et le cœur ailleurs. 91 direction Montparnasse, j’entre. Elle aussi. « Vous voulez voir mon passe ? Je dois vous le montrer ? parce que là je suis …enfin avec mes paquets » « Merci, ça ira Madame » Elle lui sourit et vient s’asseoir sur le siège en face du mien, côté droit. Nous sommes les seules passagères. Je croise son regard et elle me parle en mangeant son beignet aux pommes : « J’ai découvert une boulangerie en bas de la rue…hum…vraiment délicieux ce qu’ils vendent » Moi sourire complice : « Ah oui je crois savoir laquelle c’est, il font le pain... » « oui au four… » « nil, là devant vous » « oui voilà ». Ses phrases complètent les miennes, elle sourit, encore, elle me dit qu’elle s’est levée trop tôt, une heure d’avance, elle s’en est aperçu car ça lui a semblé bizarre le peu de monde dans les rues, et puis elle fait les nuits habituellement alors elle est « toute décalée » quand elle fait les jours, elle n’arrive plus à dormir normalement, elle se réveille en sursaut et puis vraiment elle ne pourrait pas travailler dans cette boulangerie/pâtisserie parce qu’elle aurait envie de tout tellement…hein ? oui tellement c’est bon. Et je comprends. Et il faut qu’elle appuie sur le bouton d’alarme qui indique l’« arrêt demandé » parce que c’est là …déjà…qu’elle descend. Et c’est là aussi que je cesse de sourire, parce qu’elle s’en va, ce bout de femme à la peau ensoleillée, à la chaleur palpable, elle me souhaite une bonne journée et à bientôt peut-être.
Je pense : « c’était si facile de se parler sans se connaître, c’est pourtant si rare, c’est pourtant si bien ».
Il y a des soleils noirs qui pour quelques minutes font oublier les jours de pluie et rendent la vie juste un peu moins triste.

8 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Une petite parenthèse enchantée...

lundi, 15 mai, 2006  
Anonymous Anonyme said...

je trouve que c'est le plus simple pourtant, parler à des inconnus, sans se poser de questions ... un dialogue papillon .. c'est après ...





que tout ce complique
;-)

lundi, 15 mai, 2006  
Blogger Ficusanctus said...

> Annak :Oui, la proximité des corps, le silence et le vide autour, un lieu clos qui permet à chacun d'avancer vers sa vie et à deux personnes de se poser sur la leur. Finalement qui a dit que les transports en commun c'était la loose complète ? moi ? ah oui c'est vrai. ;)
>KMS : un petit tour et puis s'en va...le manège de la vie peut être joli parfois.
>Martine : perso c'est justement ce début là qui m'est pénible... un peu trop sauvage ou timide, mais oui c'est pourtant une telle évidence.

mardi, 16 mai, 2006  
Anonymous Anonyme said...

>ficusanctus: perso je ne considère pas ces dialogues "papillon" comme le début de quoi que soit .. c'est sans doute pour cela que je m'y sens si à l'aise .. j'ai peut être déçue des interlocuteurs (trices) .. sujet de méditation pour aujourd'hui ;-)

mardi, 16 mai, 2006  
Blogger ubifaciunt said...

" -alors tu t'es bien amusée ?
- comment ça ?
- tu as vu le métro ?
- non.
- alors qu'est-ce que tu as fait ?
- j'ai vieilli."

Queneau et la fin de Zazie..

mercredi, 17 mai, 2006  
Blogger Ficusanctus said...

>Martine : oui c'est vrai ce ne sont pas des débuts dont on espère une suite, ce sont des instants offerts, mais je parlais de ce pas vers l'autre...à faire.

>Ubi : je vois le métro si souvent que je devrais avoir plus de cheveux blancs!

mercredi, 17 mai, 2006  
Anonymous Anonyme said...

N'empêche que tu n'as pas eu un bout de beignet aux pommes... comme quoi les gens, hin.

dimanche, 21 mai, 2006  
Blogger Ficusanctus said...

(hé hé hé) voué. voué c'est vrai en plus. ah mais vouééééééé c'est vrai çaaaaa. ah bé...remboursezzzz moi mon soleil noir! R E M B O U R S E Z!:)

mercredi, 24 mai, 2006  

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